2ème récit de la mission 171 : 11 juillet, "Parce que sous un conflit politique, il se cache des hommes, des femmes et des enfants" (Naplouse)
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Parce que sous un conflit politique, il se cache des hommes, des femmes et des enfants. Source : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article10853
Naplouse le 11 juillet 2011, ville emblématique de la résistance palestinienne et lieu ultra surveillé par l’armée israélienne.
On y trouve 4 colonies illégales, surplombant la ville afin de mieux contrôler, surveiller et tuer. Une d’entre elles sert de base militaire à l’armée israélienne. Des snipers ont tué 10 personnes ces dernières années du haut de ces collines. Autour de la ville, des checks points où le drapeau israélien flotte jour et nuit, pour marquer un territoire qui n’est pas le sien. Nous sommes en Cisjordanie.
Dans cette ville, dans chaque quartier, dans chaque maison, dans chaque famille, au moins un prisonnier politique, un martyr, jeune ou moins jeune. Des enfants, des femmes, des adolescents, des pères, des fils, dont le patriotisme est impressionnant. Des leçons de vie à chaque instant.
R., au sourire accueillant et chaleureux, nous accueille chez elle. Elle vit dans le camp de ’askar, un des deux camps de Naplouse ; créé en 1948, après la Nakba où 750000 palestiniens ont été chassés de leur maison, de leur village, de leur terre. Elle est réfugiée dans son propre pays. Elle est mère de 3 jeunes enfants et marié à un danseur de Dabka.
Celui-ci est originaire de Jaffa, sa famille en a été expulsée en 48. Elle nous raconte son histoire. Elle, est née à Naplouse, mais n’a pas le droit de se déplacer au delà de cette région. La dernière fois qu’elle a pu aller à Jérusalem, c’était il y a 5 ans, en déjouant les barrages par une route déviée.
Elle nous explique la présence des colons au dessus de sa tête, un sentiment d’être épiée et les entrées dans les maisons des soldats jour ou nuit, sans sommation. Elle s’intéresse à nous et nos vies. Son sourire est apaisant. Avant de la quitter, elle nous dira qu’elle croit impossible de vivre un jour aux milieux des israéliens qui leur ont fait tant de mal.
Abou O, psychologue et responsable du Social Développement Center, centre culturel et social accueillant des enfants du camp ’Askar. Il propose des ateliers à la jeunesse afin d’ouvrir leurs horizons. Une autre forme de résistance. Les ateliers sont diverses, musique, danse, dessin, foot, boxe, informatique et également un atelier d’expression où les enfants peuvent à travers le dessin exprimer leurs émotions. On découvre les prémices de conscience politique de leur part.
Une maturité impressionnante pour nous occidentaux. Abou O, est également le garant d’un héritage culturel même si la politique israélienne est de nier l’existence des palestinienne et de leur culture. Les enfants savent qui ils sont, où ils sont et d’où ils viennent. Les drapeaux palestiniens apparaissent sur la majorité des dessins. Il crée en eux la volonté de défendre le droit. Un droit inaliénable à tout être humain et que les israéliens nie chaque jour un peu plus, celui d’exister..
Nada Oum Ali Ahmed, une femme de 51 ans, marchant avec une canne, nous accueille chez elle. On lui donnerait 70 ans. Originaire de Kheleye, territoire de 48. Elle est la mère d’Ali Ahmed, prisonnier politique depuis 10 ans dans les geôles israéliennes réservées aux prisonniers politiques. Condamné à 21 ans de prison, pour une tentative échouée d’attentat contre des colons, Ali a été emprisonné à l’âge de 17 ans. Il a voulu venger son cousin tué par les soldats et dont le corps n’a jamais été rendu.
Il est aujourd’hui un homme nous dit sa mère et il l’est devenu loin d’elle et sans elle. Les soldats ont pris son fils et ont voulu lui prendre sa maison aussi. Technique de punition de l’armée israélienne.
Ali est emprisonné dans une prison à la frontière de la Jordanie, afin d’être éloigné de sa famille. Sa mère met 4h pour arriver à la prison. Elle doit passer par des check-points durant lesquels les soldats l’humilient en lui demandant de retirer son hijab, de prouver son état de santé en la déshabillant. Tentative vaine pour la dissuader de revenir.
Oum Ali Ahmed ne renonce pas. Les visites sont limitées aux membres de la famille 1 fois tous les 15jours. 2 cartes à renouveler chaque année les permettent. Celle marron, rare, pour les visites tous les 15 jours, dont notre hôte est la seule bénéficiaire dans sa famille, après une longue procédure judiciaire. Et celle bleue, 1 fois par an pour le reste de la famille. Durant les 8 premiers mois de détention, aucune visite n’était autorisée. Elle nous raconte les conditions de détention. 40 détenus par cellule sans ventilateur.
Une promenade de 15 min par jour, seul moyen de faire un peu d’exercice. Les livres et journaux en arabe sont interdits, les études sont possibles mais seulement en hébreu. Et même si les diplômes sont obtenus, ils ne sont pas reconnus à la sortie par Israël. La vie est chère et tout doit être payé par les familles. 300 shekels pour 2 cartouches de cigarettes soit près de 65 euros.
La literie, la nourriture, les produits, les vêtements tout est à la charge de la famille. C’est à travers une vitre en PVC et un téléphone qu’elle peut voir son fils 45 minutes. Mais Oum Ali Ahmed voudrait pouvoir toucher son fils, le prendre dans ses bras. Elle lui demande de continuer à l’appeler maman. Elle pleure. Et lui aussi.
Oussama., il est étudiant et fait des petits boulots de menuisier. Il a 17 ans et vit dans le camp de ‘Askar. Sa famille est originaire de Bessan, un village près de ville israélienne de Netanya, en territoire de 48, dont le nom a été aujourd’hui changé par un autre hébreu. Oussama est un jeune homme plutôt courageux.
Durant la 2ème intifada, il a perdu beaucoup de membres de sa famille. Et une attaque de missile dans son quartier a tué un de ses amis. Parce que la ville était soumise à un couvre feu ne permettant pas d’enterrer les corps dans le cimetière musulman, il ramassera lui-même les chairs du corps et l’enterrera dans le quartier. L’armée israélienne dira plus tard qu’il s’agissait d’une erreur. Erreur qui causa la mort de 4 adolescents. Il décide de réagir et d’entrer dans la résistance. Sa famille n’est pas au courant et d’ailleurs personne ne l’est.
Oussama n’est pas avec nous, un portrait de lui est accroché dans le salon de ses parents. En 2002, Oussama s’est fait exploser dans la ville de Netanya. 6 mois plus tard, après le départ d’activistes internationaux, l’armée israélienne viendra détruire la maison de ses parents en punition. Son corps ne sera jamais rendu et sa famille est considérée comme terroristes en Israël. Ils ne peuvent se déplacer qu’aux alentours de Naplouse. Sa mère est avec nous. Elle nous dit que même si son fils n’est plus là aujourd’hui, elle a des milliers d’enfants à travers toute la Palestine qui continuent de résister.

